Les Amis de Senon et du Pays de Spincourt
EPONA (Études du Patrimoine Ouvert sur la Nature et l'Archéologie)
DÉFINITION
Tabletterie (dictionnaire Larousse) :
Nous recherchons toutes les informations concernant cet artisanat à Amel et Senon qui seront les bienvenues.
Ci-dessous un paragraphe repris de l'ouvrage de C. Cothenet sur l'utilisation du bois en Meuse dans les domaines industriels (métallurgie, verrerie, poterie,...) et artisanaux (charonnage, manches, balais, cuillers,...).
Quelques précisions supplémentaires sont apportées par le manuscrit de l'abbé Marseaux concernant l'année 1832 ainsi que dans le Manuel de la Meuse écrit par JFL Jeantin, 1862.
Documents statistiques sur l’emploi des bois dans la Meuse.
Par M. Cotheret, conservateur des forêts, 1846, 94 p.
Marqueterie. (p. 90-92)
" Nous terminons ce recueil de renseignements statistiques, sur l'emploi des bois dans la Meuse, par quelques détails concernant une fabrication nouvelle qui paraîtra peu intéressante, sans doute, si on ne l'envisage que sous le rapport de la consommation matérielle des bois indigènes qui entrent dans les objets fabriqués, mais qui, selon nous, offre un grand intérêt en ce qu'elle donne une juste idée de l'industrie meusienne et des détails immenses qu'elle embrasse :
« C'est dans un faible objet, imperceptible ouvrage,
« Que l'art de l'ouvrier se montre davantage. »
On fabrique à Amel, canton de Spincourt, arrondissement de Montmédy, des boîtes et ouvrages de marqueteries sous les formes les plus variées et les plus gracieuses.
C'est en 1825 que cette industrie a été importée dans la Meuse. Quelques ébénistes et menuisiers d'Amel, et entre autres le sieur Jacquemot (1), leur doyen d'âge, ayant travaillé à la marqueterie, à Paris, l'introduisirent dans leur pays au grand étonnement des autres habitants.
Cette industrie occupe 70 ouvriers et en outre 8 ou 10 ouvrières connues dans la pratique de cette profession sous le nom de garnisseuses; celle-ci placent les glaces, les velours, les damas, les maroquins et les papiers de toutes les nuances et de tous les dessins dans les différents ouvrages fabriqués à Amel.
Ces ouvriers sont divisés en trois ateliers différents. Ces ateliers fabriquent, tous trois, pour le compte d'une ou deux maisons à Paris, entre autres ouvrages de marqueteries, ceux dont le détail suit :
1° Caves porte-liqueurs
2° Boîtes à gants
3° Boîtes à ouvrages
4° Nécessaires de toutes les formes
5° Boîtes à épargnes
6° Boites à thé
7° Boites à sucre
8° Boîtes à épingles
9° Boîtes à odeurs
10° Boîtes d'armes et particulièrement de pistolets
11° Boîtes à usage des chirurgiens et médecins
12° Boîtes à mouchoirs
13° Pupitres
14° Porte-cigares
15° Boîtes de mariages, les plus grandes de toutes, etc.
Chacun de ces ouvrages comprend plusieurs grandeurs, plusieurs formes, plusieurs numéros ; la mode et ses caprices, les modifie et les fait abandonner ou reprendre avec de légers changements.
On emploie à cette fabrication, entre autres bois exotiques, l'acajou, le palissandre, l'ébène, le citronnier, l'érable de Turquie si gracieusement moucheté, etc.
On emploie aussi, mais rarement, les racines d’orme et de frêne de nos climats.
Il est fort rare que les bois dont nous venons de parler soit employés d'épaisseur : ils servent de placage et revêtent le peuplier et le tremble indigènes. On a employé aussi le hêtre ; mais il est trop lourd et plus difficile à travailler, et l'on a dû renoncer à s'en servir.
Les ouvrages de marqueteries sont ornés d'incrustations dont les formes et les dessins varient à l'infini. Les incrustations blanches, appliquées sur le palissandre, se font avec le houx de nos montagnes. Sur l’ébène et les bois de couleur brune, les incrustations se font avec la nacre et avec des compositions métalliques. Le corail est richement employé aux incrustations sur le citronnier, etc.
Ces incrustations ainsi que les serrures et charnières destinées à la confection des boîtes et autres ouvrages de marqueterie, sont envoyées de Paris par les maisons qui entretiennent les ateliers d'Amel. Ces maisons fournissent aussi aux ouvriers des moulures et des baguettes et ornements les plus variées et plus ou moins riches. Ces moulures et ornements se fabriquent à la mécanique et souvent à l'emporte-pièce.
Les bois employés à la marqueterie se débitent à la scie circulaire. Un manège mû par un cheval sert à débiter les bois de peupliers et autres bois blancs sur lesquels se fait le placage des bois exotiques. Les ouvriers travaillent les bois, les assemblent, font les collages, les placages, puis ils les polissent et les vernissent. Les garnisseuses font les embellissements intérieurs des différents ouvrages de marqueterie confiés à leurs soins.
On polit les bois et les ornements avec le biscuit de mer, avec la pierre ponce, avec le papier de verre fin et avec la terre pourrie (mélange de terre de sable fin).
On vernit avec la gomme-laque blanche et jaune mélangée d'esprit-de-vin.
Les ouvriers d'Amel gagnent 1,50 Fr. par jour, les plus forts ouvriers gagnent 1,75 Fr. et 2 Fr. Le salaire des apprentis est basé sur le plus ou moins d'expérience et d'habilité qu'ils possèdent.
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Au moment où nous livrons à l'impression les renseignements statistiques qui précèdent, nous apprenons qu’un établissement pareil à celui qui existe Amel vient d'être formé à Senon, village voisin d'Amel, et que 20 ouvriers y trouvent des moyens d'existence. Ainsi l'industrie meusienne s'agrandit en même temps qu'elle se perfectionne sur tous les points.
Nous sommes heureux de signaler cette émulation active et ces progrès : ils doivent contribuer puissamment à la prospérité du pays. "
Histoire d'Amel. abbé Marseaux, manuscrit, 1855.
Année 1832.
" Ce fut à dater de cette époque que s'établit à Amel une industrie qui prit un grand développement, c'est la fabrication des nécessaires dont il s'agit. Le nommé Guijon (2), natif d'Amel, vint de Paris où il résidait depuis quelques années, ouvrir à Amel un atelier considérable en marqueterie qui occupe un assez grand nombre d'ouvriers. Le corps principal du petit meuble est en bois de peuplier et son placage en bois étranger de diverses sortes : palissandre, érable d'Amérique, houx, cèdre, ébène et façon ébène. L'ornementation se confectionne au moyen de matières plus précieuses, telles que le corail, la nacre, le cuivre, l'ivoire et quelque peu d'argent et d'or. Toute espèce de petit meuble de mode et de fantaisie est du ressort de cette fabrique. Les ouvriers sont appelés boitiers, tabletiers, marqueteurs,…, vernisseurs et garnisseurs. Les uns travaillent à leurs pièces, d'autres sont journaliers. Cette industrie a apporté une sorte d'aisance à Amel qui offrirait peu de ressources d'ailleurs. "
Manuel de la Meuse. JFL Jeantin, 1862 (Amel, p. 17)
" L’industrie spéciale des habitants est la tabletterie, qui emploie 50 ouvriers ; il en sort des produits très remarquables qui s’expédient à Paris. "
Notes (JCS)
(1) Ce doit être François Stanislas Jacquemot, né le 5 novembre 1784 à Troyon (Meuse). Il s'est marié à Amel le 1er germinal an onze de la République (22 mars 1803) avec Marie Reine Briÿ et il était manœuvre à cette date. Il est décédé en tant que tabletier le 9 octobre 1853 à Amel. Il est à noter que pour le mariage de son fils Henry, tabletier à Amel, avec Marie Thérèse Gergonne le 18 novembre 1829, le père du marié est qualifié de tabletier ainsi que Pierre Guijon témoin et ami de l'époux.(source: http://archives.meuse.fr )
(2) Il s'agit probablement de Pierre George Guijon né le 22 avril 1807 à Amel qui s'est marié à Amel le 23 juillet 1833 avec Émelie Mareschal. L'acte de mariage nous apprend que Pierre Guijon est tabletier, demeure à Paris 51 rue Beaubourg (ancien 7e arrondissement), que son père Jean-Fançois était cultivateur à Amel et que parmi les témoins il y a son frère Pierre, tabletier à Amel. (source: http://archives.meuse.fr p. 23/328)
Atelier de fabrication de stéréoscopes et d'appareils photographiques
A partir de 1905, on voit apparaitre une entreprise fabriquant des appareils (les stéréoscopes) permettant l’observation de clichés photographiques doubles sur une plaque de verre permettant de restituer une impression de relief grâce à la fusion des deux images légèrement décalées. Cette entreprise, Mattey père et fils, était située à Paris 3e, 8 rue Pastourelle puis plus tard 208 rue Saint-Maur. Mattey vendait des stéréoscopes de différents modèles sous de nombreuses marques de fabrique dont la plus connue était Unis France. D’après Lemoine (Lemoine 1909) cette entreprise vendait aussi des appareils photographiques, elle employait à Amel 25 ouvriers. Cette entreprise figure dans l'annuaire de la Meuse jusqu'en 1914, elle n'est plus présente dans l'annuaire qui parait à nouveau en 1922 après la guerre de 14/18 mais elle est à nouveau inscrite dans la liste des commerçants et industriels de l'annuaire de 1932. A cette date le propriétaire est monsieur Mattey A. et le directeur de la tabletterie d'Amel est E. Guillaume

Sources:
http://archives.meuse.fr Annuaires de la Meuse
Lemoine Henri Département de la Meuse. Géographie physique, économique, historique et administrative. Verdun, 1909, 853 p., Amel p. 579
Pour en savoir plus sur les stéréoscopes:
http://ignomini.com/photographica/3dviewers.html
http://www.antiq-photo.com/spip.php?page=recherche&recherche=Mattey
mise en ligne déc 2017 JCS